Atelier Et Si

Après avoir suivi une formation intitulée : « Se former en tant que personne ressource au DPA PC », d’une durée de 54 heures, animée par l’association : ANDA DPA., Isabelle A. professionnelle de l’établissement, s’attache à partager les bénéfices que produit le Développement du Pouvoir d’Agir (DPA) dans nos pratiques professionnelles.

En tant que personne ressource sur le DPA au sein de l’établissement, elle anime notamment l’atelier « Et si ».

Selon la définition courante du Développement du Pouvoir d’Agir :

Il s’agit d’un processus par lequel des personnes accèdent ensemble ou sĂ©parĂ©ment Ă  une plus grande possibilitĂ© d’agir sur ce qui est important pour elles-mĂŞmes, leurs proches ou la collectivitĂ© Ă  laquelle elles s’identifient. (Yann LE BOSSE).

C’est une approche centrée sur le rapport à l’action, il s’agit de restaurer le mouvement sans le guider.

La finalité du DPA consiste à s’affranchir des obstacles aux changements importants pour soi, ses proches ou la collectivité à laquelle on s’identifie.

Bruno et Marie-Françoise sont actuellement en fin de parcours RĂ©entrainement au Travail au COS CREPSE. Ils ont participĂ© Ă  l’atelier « Et si » et ont bien voulu nous livrer leur tĂ©moignage.

Pouvez-vous me parler de votre parcours?

Marie-Françoise : J’ai 53 ans, et avant d’entrer au COS CREPSE, j’exerçais le métier d’agent de fabrication. Il a d’abord fallu que j’accepte mon licenciement. Puis il y avait comme un blocage, je ne me voyais qu’être agent de fabrication dans l’industrie. Aujourd’hui, j’ai retrouvé un emploi comme agent de cantine.

Bruno : J’ai 50 ans. Quand je suis arrivé, j’étais timide et fermé aux relations. J’ai depuis pris du recul, repris confiance en moi. Je suis content d’avoir trouvé un emploi à mi-temps, c’est ce qu’il me faut pour avoir le temps pour d’autres choses, passer le permis, reprendre le synthé, …

Vous avez tous 2 participĂ© Ă  l’atelier « Et Si » animĂ© par Isabelle, pouvez-vous nous en dire plus?

MF : Je conseille cet atelier, il fait ressortir ce qui était caché au fond de nous.

B (de compléter) : On doit avancer. Cet atelier était le plus intéressant pour moi.

MF : Avec cet atelier, on avance petit à petit, on va chercher nos réponses. Il s’agit de mettre le passé dans un tiroir. On a les clefs et cet atelier nous aide à les trouver. Nous étions 5 dans le groupe et nous avons avancé tous ensemble ; par nos échanges, on s’est soudé.

Vous terminez votre parcours le 27/08 prochain, avez-vous pensĂ© Ă  l’après formation? Et que pensez-vous garder de ce que vous avez acquis ici?

B : En partant, on a un peu l’impression de quitter une famille, mais je suis au clair avec mes objectifs et je vais me battre.

MF : Le COS CREPSE nous donne une chance, c’est à nous de la saisir. Même si j’ai un peu peur de me retrouver seule. Ne pas accepter notre passé nous empêche d’évoluer, il faut savoir l’oublier, accepter son handicap.


Restaurer le pouvoir d’agir

L’atelier « Et Si »

En ce qui concerne, les personnes participantes à cet atelier il s’est produit l’événement suivant : le groupe à sa demande s’est réuni 3 fois, au lieu des 2 initialement prévues.

A chaque rencontre : les personnes débutent l’atelier en abordant si elles le souhaitent, une situation qui leur pose problème, qui freine leur action. Lors du premier atelier, il s’agit de repérer les acteurs et les enjeux autour de ce problème puis d’identifier ce qu’il est possible de faire tout de suite pour amorcer le mouvement.

La finalité étant que toute action réalisée, facilite la mise en œuvre d’un changement souhaité. (C’est ce que l’on nomme : « une action conscientisante »).

Ses préceptes :

  • Ne pas agir Ă  la place de l’autre
  • Établir une relation Ă©galitaire
  • Avoir la croyance que les personnes disposent des ressources et miser sur les forces des personnes accompagnĂ©es
  • Renoncer Ă  imposer du changement
  • Prendre en compte la situation telle qu’elle se prĂ©sente dans l’ici et maintenant
  • ConsidĂ©rer que la personne est experte de sa situation.

En quoi cet atelier est-il singulier?

Isabelle : Il s’agit de s’affranchir de ce sentiment d’impuissance qu’on retrouve fréquemment chez les personnes que nous accompagnons au COS CREPSE. On convoque le pouvoir d’agir et non le devoir d’agir, lequel pourrait se transformer en incapacité d’agir. L’essentiel de la proposition du DPA consiste donc à renoncer à « prescrire » un changement préétabli, pour se centrer exclusivement sur ce qui constitue un obstacle au pouvoir d’agir actuel de la personne. Cette approche privilégie l’action comme un levier de changement. Lorsqu’on anime ce genre d’atelier, on propose aux participants de se questionner sur leur contexte, et les acteurs en contexte. Amener la personne à s’interroger sur les enjeux : ce qu’il y aurait à gagner, et à perdre. Il s’agit également de se concentrer sur ce que ressent la personne « ici et maintenant », et d’agir à partir de cela. Certains sont inspirés par l’idée de réfléchir à une sorte « d’irritant récurrent » dont ils veulent se débarrasser, d’autres se retrouvent davantage dans l’idée de parvenir à relever un défi. Un élément est fédérateur : celui de l’amorce d’un changement.

J’anime cet atelier en quelque sorte « sans filet », car on ne peut prévoir à l’avance ce qui va s’y passer. Cette approche parle tellement aux personnes qu’elles expriment fréquemment éprouver un sentiment d’évidence. En guise d’introduction l’approche du DPA est présentée, puis nous projetons un témoignage. Lequel suscite systématiquement un débat. Progressivement, la parole se met à circuler, cet atelier évolue vers une forme de co-animation.  Chacun saisit la parole, fait part de son expertise. En tant qu’animatrice, je suis attentive à me mettre en retrait.

Le risque avec le DPA, que ce soit pour les participants à l’atelier ou pour les professionnels également, c’est de croire qu’on fait du DPA, alors que ça y ressemble juste. On considère faciliter la co-construction, alors qu’il ne s’agit que d’une participation.


Qu’est-ce qui est, selon toi, essentiel pour inviter les personnes à s’engager dans un changement qui compte à leurs yeux ?

I : Accepter toutes les propositions qui émergent durant cet atelier, toute idée est acceptable, dés lors qu’elle est en lien avec le problème soulevé. Faire preuve de créativité, et de lâcher prise sont les clefs de la réussite.

Comment concrètement, permettre la mise en mouvement sans s’immiscer dans le processus ?

I : Associer dès que possible les participants à l’approche DPA en leur présentant les axes qu’il convient d’investiguer. Afin de faciliter cela, je leur propose un questionnaire pré-établi qui les guide dans leur réflexion.

Dans quelle mesure est-ce que cela a remis en question ta pratique professionnelle ?

I : Plus que d’une remise en question de ma pratique professionnelle, il s’agit d’une continuité. Telle que le stipule Yann Le Bossé « tout bouge, tout change ». Il en est de même bien évidemment, pour notre activé au sein du COS CREPSE. A l’occasion de ma formation au DPA j’ai expérimenté cette approche, cela m’a aidé à aborder nos changements fréquents, à tenter de dépasser mes « irritants récurrents ». Ensuite, forte de cette expérience, j’ai entamé l’animation de cet atelier. Régulièrement, je participe à une intervision (constitué d’un groupe de personnes, formées également au DPA par l’association ANDA DPA), durant laquelle je poursuis mon apprentissage, et la réflexion sur ma posture professionnelle. Normalement, début octobre je devrais participer à un séminaire animé par Yann LE BOSSE.

Pourquoi est-il intéressant de développer le pouvoir d’agir dans un établissement comme le nôtre ?

I : Dès lors que nous accompagnons des personnes vers un changement, et que nous faisons en sorte d’adopter une posture de « passeur de projet », le développement du pouvoir d’agir peut y contribuer.

Il s’agit toutefois d’une approche parmi d’autres. Pour autant, ce jour on l’évoque assez fréquemment, elle semble parfois faire office de modèle…Les praticiens restent attentifs au fait de s’y engager pas à pas. Un petit pas est franchi, « et si’ » il ouvrait de nouvelles perspectives….


Pour aller + loin

Yann LE BOSSE – DPA

Claire JOUFFRAY « développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités »

Un grand merci à Marie, Bruno et Isabelle pour leur témoignage.